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« El Proxeneta » : un documentaire exceptionnel sur la prostitution

En 2019, Elles tournent invite isala pour la projection du documentaire « El proxeneta », de Mabel Lozano (Espagne), dans lequel un proxénète repenti raconte la réalité du business, sa violence, ses stratégies de normalisation, et ses ressentis face à la manipulation et l’exploitation qu’il a pu mettre en œuvre. Un film choc, qu’isala a accompagné en participant à des discussions après plusieurs autres projections en 2020 et 2021, au collège de Brugges (avec l’association étudiante SAGES), à Amazone (avec le Lobby européen des femmes), ou encore au Forum féministe de la GUE (groupe de la gauche européenne au parlement européen).

Voici la critique du film dans la revue « Prostitution et Société ». Vous pouvez voir la bande-annonce du film ici.

« El Proxeneta », le proxénète, est un film documentaire espagnol exceptionnel. Réalisé par Mabel Lozano, qui a déjà fait des films dénonçant le système prostitutionnel, il donne la parole à El Musico (le Musicien), un proxénète repenti, devenu indicateur de la police et militant contre le proxénétisme.

Exceptionnel, ce témoignage l’est, non pas pour son personnage, « El Proxeneta », au parcours emblématique de ces « enfants perdus » de l’aide sociale, qui ont l’opportunité de devenir des puissants via le crime organisé. Petit proxénète de bars dans les années 1990, il est devenu un des organisateurs du trafic d’êtres humains d’Amérique latine en Espagne, en lien avec les réseaux roumains, et « approvisionnant » les juteux marchés des pays règlementaristes tels la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Exceptionnel, ce documentaire l’est pour la façon dont le repenti décortique et dévoile le fonctionnement du système prostitueur. Un fonctionnement qui nous est livré là, dans toute sa banale brutalité. Ainsi, avant même le générique, il décrit le processus de mise sous emprise d’une victime, jeune femme qu’il faut repérer comme étant vulnérable, la charmer, la rendre amoureuse, pour petit à petit l’enserrer dans ses filets et la rendre dépendante. « C’est un métier qui implique un contrôle total de la femme », explique El Musico. Même si bien sûr, il faut lui donner, à elle, et à la société, l’illusion qu’elle a le choix.

El Proxeneta, un crime « pas si grave » ?

L’intérêt du témoignage d’ El Musico est dans cette description froide, qui évite les justifications. Il ne fait que décrire ce que tout le monde sait dans le milieu, mais qui surtout doit rester caché. Ainsi, comme Eve Lamont, mais de l’intérieur, il dévoile l’imposture de la prostitution, exploitation de la violence extrême qui revêt les habits d’un banal « marché du travail du sexe ».

La première partie du film est consacrée à la façon dont il a appris le « métier », à capter ses proies, et comment l’Espagne est devenue celle des grands bordels. Car le proxénétisme n’est pas vu comme quelque chose de grave, constate-t-il en prison, où il a passé 3 ans (pour une condamnation à 27 ans) : « mon crime était vu comme quelque chose de normal. Et pourtant, nous faisons plus de mal qu’un violeur ».

Ensuite, il raconte comment avec d’autres, il a organisé la traite des êtres humains de l’Amérique latine vers l’Europe. Comment il a fait son « marché » auprès des familles pauvres, utilisant sa prestance, l’argent et le patriarcat pour le sacrifice des jeunes fille au mirage du sauvetage familial. Comment il a fait venir le « matériel » (le mot, rendu « célèbre » par DSK, est employé par El Musico) vers l’Espagne pour « approvisionner » les bordels de plus en plus vastes, puis pour alimenter l’eldorado du marché dans les pays réglementaristes.

Dans une troisième partie, El Proxeneta explique pourquoi tout le monde ferme les yeux sur ce crime organisé. Les hommes politiques ? Certains sont « clients » prostitueurs, pas tous. Mais tous, détournent le regard. Les banquiers ? Les industriels ? Même chose. Car personne n’a intérêt à ce que l’imposture soit dévoilée. Chacun de ces secteurs étant arrosé par le proxénétisme et en bénéficiant.

Les « clients » prostitueurs ? Le marché n’existerait pas sans la demande, et sans leur complaisance, explique-t-il d’une phrase. Tout comme celle des réglementaristes, à qui il consacre quelques mots bien sentis : « Eux, font notre jeu », dit-il. « Nous n’avons même pas besoin de les convaincre, ils nous aident (avec leur discours, NDLR) », résume-t-il.

 

Pour un travail artistique autour d’une association, une étudiante de l’école Varda a choisi isala :